À la Une

VOYAGEUSE SOLO

Enfin un départ, mon dernier voyage remonte au 15 décembre 2019. Ça fait du bien. Sonnerie aux portiques de contrôle. J’ai enlevé les bijoux, les chaussures, rien au palpage. Le détecteur s’affole au niveau de mon genou droit. C’est donc la prothèse.

ATTENTION : j’ai un très bon plan pour voyager à très peu de frais d’hébergement en Europe et quelques autres pays du monde. Suivez mes post, je l’expérimente une fois de plus après le Bassin d’Arcachon.

À la Une

JE SUIS UNE VOYAGEUSE SOLO


Voyager en solo m’a permis de me libérer de gros fardeaux : physiques et psychiques.
Le long de ma route je me suis délestée de plusieurs boulets. J’ai laissé tomber des sacs de chagrins, des besaces de tristesse, des cabas de tracas, des polochons d’abandon, des baluchons d’inquiétude, des soubics d’habitudes, des paniers de crabes, , des valises de servitudes, des mallettes de bêtises, des malles d’embêtements, des gonis de peur.
Au fil des jours, des semaines, des mois, je m’avançais de plus en plus légère. J’ai appris à relativiser toute chose .
J’ai réappris à vivre avec moi, à m’apprivoiser. J’avais pris trop l’habitude de me voir dans les yeux des autres. J’ai laissé tomber tous les masques, les déguisements. A la longue la carapace s’est fissurée et je l’ai laissée choir. Je n’avais plus peur de moi, des autres. Je m’acceptais et c’est tout, telle que je suis. Je ne veux plus être parfaite, être la meilleure. Je revendique le droit de pouvoir flancher, de ne pouvoir être à la hauteur tout le temps. Je me pardonne mes erreurs.
J’ai appris aussi à accepter mes rondeurs. Je ne tiens plus à les cacher absolument sous des pans de vêtements, à m’affamer pour perdre quelques kilos, à avoir honte de moi-même. Ma nouvelle devise en créole « çat y ème pa mé rondeurs na ka roul dessu ». Tous mes complexes se sont envolés au fil des kilomètres. Je me suis trouvée à nouveau jolie. Cela m’a donné des ailes. J’ai voulu renouer avec mes passions. Je me suis remise à remonter à cheval et à cavaler comme avant. Monter comme j’aime, sans contrainte, les rênes d’une main, me laissant glisser dans la cambrure du cheval, me laissant galoper à l’unisson avec mon compère. Le sourire me revenait, le sourire de la liberté.
J’ai repris plaisir à danser, c’est si bon de se laisser aller sur une bonne musique. Je ne veux plus de conventions stupides, je m’accorde de rire, d’éclater de rires, de pleurer de rires . On est si jolie quand on sourit, quand on rit.
Il y eu aussi ce silence révélateur. J’ai besoin de silence. Je n’ai pas besoin de tout le temps meubler. Meubler la conversation, combler le temps, parler pour ne rien dire . Le vide est utile aussi, là on voit qu’on existe, là on voit toute son importance.
On se détache des étiquettes que l’on vous a accroché d’office sur le front. De quel droit peut-on juger ? Et puis, on s’en détache tellement que tout cela n’a plus d’importance. On se demande même à la fin comment on a pu marcher dans ce système de valeur. Comment on a pu jouer ce jeu ? C’est si puérile. Et voilà ce voile qui obscurcissait ta vie s’envole aussi. Et tu te rends compte que tu as toujours été conditionnée. Mais ce voyage me permet de soulever tous ses voilages qui m’empêchaient de respirer, de vivre. Au fil des km, des jours, je vais les soulever, les déchirer, les laisser emporter par le vent.
Le monde même me paraît moins pesant, l’univers s’éclaircit. Tout est possible.
D’ailleurs je m’ouvre de plus en plus aux autres. Cela me permet de nouer de belles rencontres : cette dame sur pont de Perpignan, cet employé d’hôtel à Argelès, ce restaurateur à Port Bou, ce voyageur à la gare de Bruxelles Midi qui m’a pris une des valises et conduit jusqu’au bus, tous ces jeunes avec qui je me lie si facilement et tous les autres, ce ne fut que du bonheur.
J’ai pu :
* Pédaler le long du canal du Midi.
* Participer au Téléthon à Laval, préparer et vendre 1000 tartiflettes.
* S’éclater en pêchant dans le Bassin d’Arcachon.
* Se faire des amis et travailler le foie gras et les confits de canard dans les Landes.
* Apprendre une autre façon de cuisiner avec des amis de cœur et tout une équipe.
* Découvrir le réseau « la voyageuse », j’y adhère entièrement et vais m’y engager pour faciliter le voyage des femmes qui voyagent en solo.
* Méditer et prier à Lourdes.
* Monter dans un avion, puis grimper dans un train, s’asseoir dans un bus, terminer la route à pied, seule, libre, heureuse, comblée.
* Déambuler dans Toulouse, Lourdes, Bordeaux , Perpignan, Laval, Port Bou, Argelès, Bruxelles au gré de ma fantaisie.
J’ai encore tant de choses à découvrir, tant de route à faire, tant de gens à rencontrer.
Il est temps de refaire ma valise.
Le reste du récit bientôt sur https://sylviesumac.home.blog

À la Une

MESAVENTURE PARTICULIERE

Mardi 29 mai l’alarme de ma tablette s’ anime. Allez, hop debout. Il est 5 heures du matin, je me prépare pour me rendre à la gare du midi, puis à l’aéroport. Peu ou pas de bruit pour ne pas réveiller les enfants, de toute façon j’avais tout préparé la veille.

Me voici dans la rue, personne à l’horizon. La ligne du tram est en plein travaux. Je décide d’aller à une station un peu plus loin. Je me mets dans l’abri et j’attends le tram, j’attends, j’attends. Aucun ne passe, aucune personne en rue, peu de voitures roulent. Je décide de regarder l’heure sur mon GSM, « merde » il est à peine 4 heures du matin, donc debout depuis 3 heures. Je me rappelle alors que ma tablette est toujours à l’heure de la Réunion, donc avec 2 h de décalage en plus. Et on m’a dit que le tram ne fonctionnait qu’à partir de 6 h. Que faire, retourner à la maison ? Non, je vais réveiller tout le monde et on va bien se moquer de moi.

Je décide d’aller à la gare d’Etterbeek. Il y aura bien un train pour Bruxelles-midi. Et me voilà tirant ma valise sur le boulevard endormi faisant un boucan de tous les diables.
Voici la gare et bien sûr elle est fermée. Je n’ai plus qu’à attendre un tram sur la ligne d’en face. Le premier passera à 6h10. Bizarrement sur la ligne inverse plusieurs trams passent me lançant des regards goguenards à travers leurs phares.

Tout à coup la gare s’ illumine, les grilles s’ ouvrent, je me précipite. Comme par hasard une pancarte indique que mon abonnement « key-card » n’est pas valable sur ce trajet. Sur l’écran d’information un train pour Bruxelles-midi est annoncé dans 10 minutes. Pas de préposé au bureau, je fonce vers le distributeur automatique des tickets. Il me propose toutes les possibilités pour Bruxelles mais rien pour ma destination. Et bien, flûte je monterai dans ce train quand même. Je déboule les 41 marches quatre à quatre et je m’engouffre dans le premier wagon. Je complète ma key-card à tout hasard , on verra ce que dira le contrôleur. Je suis la seule passagère du wagon. Les gares défilent inlassablement, ça me semble interminable.
Que vois-je au loin déambuler : un képi, ça y est, je vais l’avoir cette amende. Le train ralentit, une voix si mélodieuse à mes oreilles annonce l’arrêt à Bruxelles-midi. Je cours, je vole, je volette et me voici sur le quai radieuse, non-amendée, sauvée. Joyeusement je vais prendre la navette pour l’aéroport.

Moi qui avais peur d’être trop juste dans mon timing, j’ai du temps à loisirs devant moi. Je m’offre un bon petit déjeuner à l’aéroport, je me maquille, je joue au scrabble. Je suis d’excellente humeur, la vie est belle.
Ce qui m’intrigue c’est que je ne me stresse plus jamais devant ces petits aléas de la vie. Je me dis qu’il y a toujours une solution, un plan B.
J’écris ces quelques mots dans l’avion en espérant que mon histoire va vous amuser. Si quelques sourires se dessinent ici ou là mon but est atteint.
Je me demande ce qui va m’arriver à Toulouse…